dimanche 29 janvier 2012

Quand le Toqcar redevient Topcar !

Allah est grand, nos nouveaux injecteurs aussi et nos sourires de même !

Nous avons encore un peu de mal à y croire, j'hésite même à poster ce message, nous tremblons à chaque bruit insolite de notre machine, nous regardons avec suspicion tout boulon de traviole et déboulonnons à chaque odeur inhabituelle mais demain nous reprenons la route, tout seuls comme des grands.

Persépolis nous attend et beaucoup d'aventures sans nul doute ensuite.
Merci à tous pour votre soutien moral, mailique, technique.

Les Toqués, plus que jamais !

vendredi 27 janvier 2012

Tuyaux pour grands voyageurs

Ceci est un message du webmasoeur intérimaire...

Vous remarquerez en haut du panneau de gauche de ce blog, au dessus de la petite carte du voyage des Toqués, un lien vers le document Bons et Mauvais Plans des Toqués. Comme son nom l'indique ce texte contient plein d'infos pratiques (chères à Tonton Cristobal) sur les différentes destinations et l'obtention des visas !
Bonne lecture.

jeudi 26 janvier 2012

Notre Iran

 Depuis bientôt deux semaines que nous sommes en escale à Téhéran, nous retrouvons l'Iran que nous aimons et tout ce que nous aimons en Iran. A commencer évidemment par les iraniens. Les autres voyageurs le savent, c'est sans doute un des peuple les plus accueillant qui soit.
Nous sommes hébergés, nourris, aidés, entourés mais jamais envahis. Si nous sommes désormais totalement sevrés d'alcool, nous devrons bientôt envisager une désintox à la théine.
A peine avons nous terminé une tasse qu'une seconde apparaît dans nos mains, et nous apprenons à le sucrer comme les iraniens : en mettant le sucre (ou le cristal de sucre) dans notre bouche.

 Autre rite : le keyan (la pipe à eau ou chicha). Puisque l'apéro n'existe pas les iraniens se réunissent pour fumer. En fin de semaine au bureau, pour célébrer une victoire, en fin de journée dans les fumoirs. Ça glougloute, ça sent le fruit, c'est très toxique mais c'est très beau (réjouissez vous, nous avons craqué et en ramenons un pour vous faire voyager aussi). Maman rassure-toi, la plupart ne fument qu'un mélange de tabac et de résine fruitée mais on nous a confirmé que les jeunes ne se contentaient pas de ça et que certains aussi y fument de l'opium.

 Les iraniens ont des habitudes qui nous amusent : au café ou au restaurant ils s'installent en général côte à côte. Les hommes et les femmes n'ont pas le droit de se toucher mais les hommes passent leur temps à s'embrasser et ils se tiennent par la main (Xtophe se promène de nouveau main dans la main avec ses copains barbus...).
 L'Iran est un pays de commerçants, le grand bazar de Teheran est une merveille. Grouillant de magasins débordant de produit alléchants, bizarres ou affreux (vive le plastique !), de porteurs tirant des chariots impressionnants. Mais certains de ces porteurs sont des enfants, de la taille de Gaspard, et ça, on ne s'y habituera jamais. 

En Iran, les fruits et les légumes sont délicieux (ah les grenades...) et à heures fixes dans la journée, les boulangers jettent sur les grilles devant leurs fours les immenses pains plats et bouillants que nous mangeons comme des pâtisseries. Dans les cafés, on commence par nous servir le pain avec de l'oignon cru et des quartiers d'orange. Puis arrive le riz, les tomates cuites et les brochettes de viande, le tout accompagné de yaourt. Les iraniens mangent à toute vitesse et s'étonnent de nous voir, bons franchouillards, passer autant de temps à table, bercés par l'appel à la prière, qui est très long ici. On va aussi essayer de vous ramener de leur boisson préférée, le lait-yaourt-pétillant, un truc indescriptible, peut-etre même plus imbuvable que l'airag mongol. 

Les rues des villes sont folles. Teheran est une ville de 13 millions d'habitants, à la moyenne d'âge très basse, et ça se sent. La circulation est terrible, les deux roues, qui souvent transportent toute la famille, prennent toutes les libertés, les motards font leurs courses à moto, circulent sur les trottoirs, en sens interdit et apparemment ça ne dérange pas la police, que personne n'a l'air de craindre et qui ne s'intéresse pas du tout à nous, c'est reposant.
Mais du coup, les parcs sont vitaux pour les iraniens. Je me souviens de notre étonnement, il y a 4 ans, à Tabriz, lors de notre première soirée en Iran, de découvrir ces parcs noirs de monde le soir. En hiver ils le sont un peu moins, mais comme même en hiver le soleil est bien agréable, il est difficile de trouver un banc libre. Nouveauté dans les parcs : des appareils de sport et de musculation sont à disposition de tous, les enfants adorent. C'est tellement pratique pour les femmes...
L'Iran c'est une monnaie de singe. Tout se paye en dizaines de milliers de rials, et dès qu'on fait une grosse dépense on joue au millionnaire. C'est une langue et une écriture mystérieuses. Même les chiffres s'écrivent différemment en farsi, et pour nous qui nous étions bien habitués au Russe, c'est l'aventure linguistique qui recommence.
L'Iran c'est la Perse, un peuple raffiné et cultivé, une culture très ancienne et préservée, et un mélange entre le Téhéran traditionnel, celui du bazar, des femmes en noir et le Téhéran moderne, jeune, des femmes à peine voilées, apprêtées, maquillées, des internautes très nombreux qui déjouent la censure (ce que nous ne savons pas faire).
Et puis l'Iran c'est l'Islam. L'Islam aux deux visages. D'abord le vrai, avec ses valeurs et ses rites qu'on ne peut qu'admirer. L'hospitalité, on vous l'a dit, qui n'est pas un vain mot. La charité et la solidarité sont aussi intégrés à la vie publique. En plus des boîtes de dons qui parsèment les rues, il y a tous ces gestes : les commerçants devant leur boutique mettent dans une caisse les produits abîmés ou autres, qu'ils laissent à la disposition des plus pauvres. En général les mendiants ont leurs repas offerts, tous les jours. Le coran le dit, la charité doit être discrète, et elle l'est, mais elle est réelle. Les mosquées sont belles et très vivantes. Entourées d'échoppes de marchands de thé, elles savent aussi accueillir les visiteurs. A Mashad nous avons pu visiter le Mausolée de l'Imam Reza, plus grand lieu saint pour les Chiites. Deux guides anglophones et francophones nous ont pris en charge du début à la fin de la visite. Elles nous ont aussi offert des cartes postales, des brochures, des CD, des maquettes de la Mosquée.

Ce sont des journées rythmées par le chant du Muezzin et les prières. Plus besoin de regarder nos montres.
Lors des fêtes religieuses d'immenses cuisines sont installées partout dans la ville, sous des bâches dans des cours. Si nous avons bien compris, les commerçants et notables du quartier préparent ou font préparer la nourriture durant toute une nuit dans d'immenses gamelles qui feraient baver mes amis scouts et dès le matin, ils installent un guichet. Femmes à droite et hommes à gauche font alors la queue pour obtenir leurs portions dans des barquettes en polystyrène (2Y ?) Et nous, comme nous sommes privilégiés, il y a toujours un voisin pour nous apporter notre repas. On se régale alors de riz, lentilles, baies et viande bouillie. (bon, on ne pense pas aux têtes de moutons qu'on a vu bouillir dans les marmites...). Et comme nous avons eu la chance de vivre les 40 jours après la mort de l'Imam Hussein et l'anniversaire de la mort du prophète, on a eu plusieurs festins.

Et puis c'est l'autre islam, celui des extrémistes, celui qui porte tellement tort au premier, l'Islam politique, celui qui opprime la moitié de la population, la féminine. Celui dont nous vous parlerons plus tard, pour ne pas porter préjudice à nos hôtes. Celui qui fait que sans doute vous n'aviez pas la même image que nous de l'Iran. C'est celui qui est très critiqué ici même,  parce que contrairement à d'autres peuples que nous avons rencontrés, les iraniens ne se privent pas pour nous dire ce qu'ils pensent de leur régime, pour parler de leurs espoirs et plaisanter de leurs malheurs. Leur plus grand reproche vis à vis de la France ? Leur avoir renvoyé l'Imam Khomeiny...

Et nous ce que nous devenons en Iran ?
Voici deux semaines maintenant que nous sommes à Teheran. Nous avons eu des hauts et des bas. Des espoirs et des crises de nerfs. Entre notre assistance française, efficace mais au fonctionnement parfois étrange et changeant, leurs correspondants iraniens au fonctionnement... oriental, et donc souvent incompréhensible pour nous, la barrière de la langue (nos interlocuteurs ne parlent généralement que farsi), nos inquiétudes mécaniques, administratives, financières, le tout sous le voile pour moi, nous tanguons mais gardons le cap. Et somme toute, une fois l'incertitude de la situation acceptée (oui je sais : incertitude-acceptation n'est pas très TT) nous nous reposons dans notre havre teheranais. Les enfants ont pris leurs habitudes au parc, ils y jouent tous les jours avec les enfants du quartier, quand je me promène dans la rue, tout le monde nous salue : "Leon Salam !", le soleil est permanent et les températures clémentes. Christophe, lui, commence à comprendre le farsi, du moins celui de Mohamad notre mécano-nounou de chez SOS Iran Assistance. Il passe ses journées avec lui, sur sa moto, dans notre moteur, dans les bureaux. Et je peux vous dire que ce n'est pas de tout repos mais ce n'est pas triste non plus !                                              
Normalement au plus tard le 29 janvier nous recevons nos nouveaux injecteurs (je suis impatiente, pourvu qu'ils soient jolis). Donc le 30 janvier soit nous redémarrons et poursuivons notre route, soit nous serons rapatriés, pour mieux repartir évidemment.

Donc quoi qu'il advienne, où que ce soit, l'aventure continue (poil au Toqué).

samedi 14 janvier 2012

Pause (pose) à Téhéran

Toujours dans le souci de varier les plaisirs au cours de notre
voyage, nous avons décidé de parcourir les derniers 400 km séparant
Mashad de Teheran sur un camion. Enfin, soyons précis, le Toqcar a
été porté par un camion, Xtophe l'accompagnant a expérimenté la
vie de camionneur iranien, et les enfants et moi même avons testé le
taxi-minibus. Et donc la conduite iranienne. Il y a eu quelques
épisodes intéressants comme celui où nos assureurs ont construit une
rampe en terre dans un terrain vague pour faire monter le camping-car
sur le camion. Celui du déchargement aussi, à minuit, sous la grêle,
le camping-car devant d'abord passer sur un plateau trop petit puis
penché à 60 degrés (si maman, je suis sûre, je révise les angles
en cm2), Xtophe au volant, avant de se poser par je ne sais quel
miracle (à ce moment-là j'ai fermé les yeux) sur le sol teheranais.
Les enfants trouvent tout cela très excitant.
Pour nous, j'ai peur que ça ne devienne routinier.
En tous cas nous testons notre assistance internationale et ça
fonctionne très bien. Et il faut reconnaitre qu'être en panne en
plein milieu de Téhéran, à deux pas du bazar, ce n'est pas pour nous
déplaire. Nous sommes heureux d'être en Iran, retrouvons les saveurs
les paysages et les gens que nous avions tant appréciés il y a 4 ans.
D'accord Gaspard trouve très injuste que seules les femmes puissent
porter le voile, il trouve que ça me donne un air de fantôme
absolument irrésistible. Il est déçu aussi que nous ne soyons pas
au bord de la mer parce qu'il fait si beau et chaud (10 degrés
messieurs-dames!) qu'il se serait bien baigné.
En tous cas nous avons enlevé nos collants, cette seconde peau que
nous portons depuis 4 mois, et parfois la gente masculine de la
famille sort sans couvre-chef, et quel plaisir (enfin j'imagine
puisqu'en tant que chef, je ne connais pas ce plaisir-là).
Quelques bons génies se sont penchés sur notre moteur, mais rien ne
se passera dans les 2 jours puisque demain l'Iran célèbre une grande
fête (40 jours après la mort de l'Imam Hussein). Nous espérons faire
de nouveau ressusciter notre Toqcar au cours des semaines à venir.
Dans le cas contraire, nous aviserons et vous aviserons mais ne vous
inquiétez pas, nous avons plus d'un tour dans notre coffre.

lundi 9 janvier 2012

Les Toqués renaissent de leurs glaçons

Le 4 janvier au matin, nous n'en menions pas large lorsque nous avons
arrimé notre Toqcaravane à un minibus pour partir de Khiva et
rejoindre le Turkmenistan. Comme nous étions particulièrement en veine
à ce moment-là, nous n'avions pas pu recharger les batteries du
camping-car la nuit, puisque nous avions eu droit à une immense
coupure d'électricité. Même mes amies nouillettes comprendront que
sans moteur nous n'avons pas d'électricité donc pas de chauffage...
Les enfants et moi avons donc pris place dans le minibus avec deux
soeurs de la gérante de l'hôtel où nous étions garés à Khiva. Elles
étaient charmantes, on a échangé tant bien que mal et j'ai cru
comprendre qu'elles allaient nous aider au Turkmenistan.
Heureusement pour Xtophe, seul au volant du Toqcongélateur, la route
n'a pas duré très longtemps. Les formalités se sont déroulées sans
encombre côté ouzbek et notre chauffeur nous a tractés jusqu'à la
ligne de démarcation entre les deux pays. Là nous avons attendu,
tâchant de comprendre ce qui nous attendait véritablement. Finalement
les douaniers ouzbeks nous ont poussés pour franchir le petit pont qui
sépare les deux pays, et le minibus qui permet aux piétons de
traverser le noman's land de 200m nous a tractés jusqu'au poste
frontière turkmène. Hasard ou coincidence, arrivés à bon port, ce
minibus a rendu l'âme...
Les formalités se sont révélées longues et onéreuses côté turkmène. Le
responsable de l'importation des véhicules a commencé par nous dire
qu'il ne pouvait nous laisser entrer avec un véhicule en panne (ah bon
?). Nous lui avons expliqué la situation, et n'avons pas compris par
quel miracle mais finalement il a vite changé d'avis, aussi vite qu'il
est tombé amoureux de moi puisqu'il ne voulait plus de Xtophe pour
gérer la situation. Le charme du bonnet...
Alors que le jour commençait à faiblir et que nous nous demandions
comment nous allions ensuite nous débrouiller à Dachoguz, dans un pays
inconnu qu'il nous fallait traverser sans moteur, nous avons eu la
surprise de constater que les deux femmes avec qui nous avions voyagé
jusque là nous attendaient après la frontière avec une voiture, prête
à nous tracter. Et ils nous ont emmené jusqu'à chez eux. Garés,
branchés sur l'électricité, nous avons été invités à manger dans une
magnifique salle Turkmène, avons eu droit à des salades, du plov et
des sucreries. Et nous nous sommes mis d'accord avec des hommes de la
maison pour qu'ils nous tractent jusqu'à Ashgabat le lendemain.
Le lendemain matin, toujours poursuivis par notre chance du moment,
nous nous sommes réveillés sous la neige ! (à la lisière d'un immense
désert...) Il nous a fallu chaîner la voiture-tracteur et serrer les
dents. Heureusement, nous avions pu recharger la batterie ce qui nous
a permis de laisser notre chauffage en route pour les enfants. Devant,
c'était une autre affaire.
Je ne vous dis pas l'équipage dans la Roulottoquée : tous avec nos
manteaux et nos bonnets, puis en fin de journée avec nos couvertures.
La route a duré 11 heures, 11 heures sans le bruit du moteur certes,
mais pas de tout repos. Nous avons traversé un immense désert, vu nos
premiers dromadaires. En l'absence de ventilation, j'ai passé ces 11
heures à désembuer le pare-brise grâce à notre super balai-raclette ;
je suis désormais qualifiée en tant qu'essuie-glace. Et courbattue.
Mais en fin de journée, la buée a commencé... à givrer ! Nous avons
donc dégainé le chalumeau à gaz de Xtophe et toutes les 5 minutes nous
faisions fondre la glace pour pouvoir y voir, et ce dans la nuit, en
ville, avec les warnings de notre voiture-tracteur dans les yeux...
L'arrivée à Ashgabat a été difficile. Nous étions épuisés, glacés,
n'avions plus d'électricité pour le chauffage, même les déesses
Nintendo nous avaient lâchés depuis longtemps. Et il fallait trouver
un endroit correct et avec électricité où s'échouer... Après plusieurs
demi-tours, refus de se laisser larguer dans des endroits pourris, le
tout dans le noir, le froid et sur la glace (sinon c'est pas drôle),
nous avons trouvé un parking pour poids lourds et voiture, apparemment
correct. Quelque part dans Ashgabat.
Le soir, avant de nous coucher nous avons eu la bonne idée de relire
nos guides et consulter nos cartes et avons découvert que la frontière
par laquelle nous comptions passer deux jours plus tard, se situe au
milieu de routes passant à 2000m d'altitude... Tout pour nous
rassurer.
Le lendemain matin, Xtophe a eu la confirmation par le gardien du
parking et d'autres hommes traînant là : d'après eux il est impossible
de se faire tracter sur ces routes, il nous fallait mettre le
Toqcarépave sur un camion. Franchement nous étions au bord du
découragement. Heureusement nous étions bien entourés, toute cette
bande, ne parlant pas un mot de français ni d'anglais a décidé de nous
aider. Ils se sont tous penchés sur le moteur, tout en passant des
coups de fil pour nous trouver de l'aide. Je suis partie au
ravitaillement avec Ulysse parce que évidemment, nous n'avions pas un
manat en poche, pas d'accès au réseau téléphonique, plus rien à
manger, la misère. Il faudra que je vous parle d'Ashgabat parce que
cette ville dépasse l'entendement. Si vous en avez l'occasion, allez
voir quelques photos sur le net, cette ville
futuristo-mégalo-marbrée-dorée enneigée et avec les décorations de
Noël, ça vaut son pesant de pipas.
Et alors que je faisais les mille formalités nécessaires à l'achat
d'une carte sim, coup de fil de Xtophe (grâce au téléphone d'un de ses
assistants, sur le téléphone de mon chauffeur de taxi) : alors que
pour la énième fois il redémontait des pièces du moteur, le gardien du
parking a mis le doigt sur le problème : des fils brûlés. (diesel ?
Mauvaise route ?) Ils ont alors coupé, rallongé les fils et les ont
tous reconnectés un à un. Et... notre courageux Toqcar a redémarré,
comme en 11 !
Vous imaginez l'euphorie à bord. Et une fois de plus, c'est grâce à
l'aide de ces personnes rencontrées par hasard, qui ont donné de leur
temps, que nous nous sommes tirés d'une situation vraiment délicate.
Je ne suis pas sure qu'ils aient mesuré à quel point ils nous ont
rendu service et nous pouvons dire que les Turkmènes sont sans doute
encore plus précieux que leurs bâtiments.
Nous avons donc pu franchir la route montagneuse incroyable qui sépare
le Turkmenistan de l'Iran tout seuls, comme des grands. Et nous étions
quasi seuls aussi à la frontière iranienne. Nous attendait là une
autre difficulté, puisque, volontairement, nous sommes partis sans
Carnet de Passage en douane, document nécessaire à l'entrée en Iran
avec un véhicule. Mais document très onéreux. Comme toujours les
iraniens se sont montrés très courtois. Nous avons passé 5 heures à
discuter, insister, mais 5 heures avec des gens charmants, dans des
fauteuils, à boire le thé. Et alors qu'ils nous annonçaient qu'ils ne
pouvaient nous laisser que 4 jours dans le pays, finalement, moyennant
finances, nous avons obtenu un permis d'un mois.
Et voilà comment en deux jours notre moral et l'avenir de notre voyage
ont tourné !
Nous voici en Iran, dans ce pays que nous adorons. Nous quittons
demain la ville sainte de Mashad pour rejoindre Téhéran, où nous avons
rendez-vous avec l'antenne de la Maif, en espérant qu'ils pourront
nous aider à faire des réparations durables sur le Toqcar.
Inch Allah ...

Message du 9 janvier 2012

Tout va pour le mieux, les températures sont clémentes et la vie a repris son rythme normal.
Pas d'accès au blog* ni à Facebook ni à Google, mais la vie iranienne est toujours aussi sympa et les gens extraordinaires.

Bises à tous

Christophe

*Je retranscris un message téléphonique envoyé par Christophe !
Nath de B, webmistress








vendredi 6 janvier 2012

Message express du 6 janvier 2012

Le camion va mieux, nous partons demain pour l'Iran et espérons être a Mashad dans 2 jours si tout va bien. Nous avons fait une réparation de fortune sur une vingtaine de câbles elec qui avaient brûlé et sur le filtre diesel.

Christophe

lundi 2 janvier 2012

Résolution(s?) de Toqués

Chers tous, nous vous souhaitons une excellente année 2012.
La nôtre a bien commencé, un peu en avance sur la vôtre, en famille,
avec un festin ouzbek, le discours du President, pas mal de vodka et
de danses plus ou moins gracieuses, puisque nous étions invités par
les propriétaires de notre hôtel.
Mais surtout ce qui marque notre début d'année, c'est une nouvelle
résolution. Refusant de nous encroûter dans le confort d'une aventure
désormais familière, cette année nous avons décidé de faire très
fort.
Aux grands problèmes, les grandes résolutions.
Nous avons décidé de corser notre voyage, et, plus ecolos que jamais,
nous nous apprêtons à passer dans quelques jours, deux frontières
dans un Toqcar en panne, transformé en caravane.
Et comme nous n'aimons pas faire les choses à moitié, nous avons
choisi deux frontières intéressantes : celles du Turkmenistan et de
l'Iran. Ces Etats connus pour leur grande ouverture vont adorer nous
voir arriver dans un véhicule qui ne roule pas.
A cela nous ajoutons la difficulté de respecter les délais imposés
par nos visas : 5 jours pr le Turkmenistan, un mois pour l'Iran.
Et nous devrons, en plus de trouver des tracteurs, des mécaniciens et
des douaniers compréhensifs, gérer le problème du chauffage, un poil
compliqué sans moteur.
Le déroulement des faits est donc le suivant : le 4 janvier nous nous
faisons tracter jusqu'à la frontière Turkmène. Dans notre malchance
nous avons pu au moins, grâce à notre mécanicien de choc, arriver
jusqu'à Khiva, et même jusqu'au parking de l'hôtel où nous avions
prévu de nous poser. La frontière n'est qu'à 60kms.
Au Turkmenistan nous nous donnons une ultime chance de refaire
démarrer la machine qui semble avoir des problèmes elctriques
(tronique?) dus peut-être au mauvais diesel ouzbek, à l'abus de
mauvaises routes, aux 18000kms que nos venons de parcourir. Quoi qu'il
en soit, d'une manière ou d'une autre, nous devrons ensuite traverser
le désert du Kara Korum, 400 kms, pour rejoindre Achgabat, et la
frontière iranienne avant le 8 janvier. Nous demanderons alors l'asile
mécanique aux Perses.
Une fois les douaniers iraniens charmés (Rachel et moi préparons
déjà notre danse des 2 voiles), nous nous poserons dans un coin et
appellerons notre assurance, qui nous couvre à partir de ce moment-là.
La Maif scellera alors notre destin et nous nous préparons à toutes
les éventualités même si nous espérons que sa résolution de nos
problèmes sera à la hauteur de la nôtre.

Et pour ceux qui pensent toujours que tout ceci est encore trop simple
pour des Toqués, je pense pouvoir achever de les convaincre que nous
nous préparons à vivre quelques semaines exceptionnelles en leur
rappelant que nous devrons régler cette situation un peu épineuse
SANS UNE GOUTTE D'ALCOOL.
En Iran la fête est plus folle !

samedi 31 décembre 2011

Khiva de mon nègre

Thérèse se réserve de vous faire partager les péripéties mécaniques,c'est son domaine de surcompétence, alors le tâcheron littéraire vous fait patienter avec quelques impressions de voyage. Khiva c'est une enceinte de terre, de paille, de sable armée de bois, continue et monumentale, au sommet crénelé et percée de minuscules meurtrières. Depuis le V°siècle elle est renforcée par la succession des khans qui ont soumis la ville à leurs gouvernements impitoyables et leurs ennemis aux pires façons de mourir. Khiva ville de voleurs, détrousseurs de caravanes, marchands d'esclaves. Au début du 18° siècle une armée Russe se présente aux portes. Les soldats sont accueillis dans les familles au premier soir. Et trucidés tous dans la nuit, la peau de leur chef tendue sur des tambours. Au début du 19° siècle, une armée Russe encore plus nombreuse s'approche, en hiver, dans désert du Kiryl Kum. Les loups se chargeront des chameaux, le froid et la neige des hommes. Pas un n'atteindra la ville. Vous dire que nous n'en menions pas large après avoir vaincu les difficultés d'un chemin cahotique et avec la certitude d'être les seuls occidentaux dans cette ville où si longtemps ils alimentèrent le marché aux esclaves. Les temps ont bien changé! Les Khivatars de nos jours sont paisibles, accueillants, proposent leur aide à l'étranger dans l'embarras. Bien sûr il faut chercher pour trouver un restau ouvert. Notre meilleure cantine est une vaste maison de thé où les locaux plutôt séparés entre hommes et femmes consomment la succulente soupe de viande pâtes et patates, arrosée de Vodka. La Vodka (Ouzbèque) c'est le vin rouge du travailleur, le carburant des jours pénibles, le remontant de tous les jours, le nerf de la fête et probablement le fléau national. XTO refuse toujours de partager un verre car c'est l'engrenage obligatoire: les chrétiens ne boivent pas d'alcool dit-il en guise d'excuses. Ce soir nous sommes invités à la table des hôteliers et on verra comment gérer... Dans Khiva on déambule avec un immense plaisir, le soleil bas et vif taillant des ombres et des flaques de lumière qui jouent avec les coupoles bleues, les ballons comme dit Léon chaque fois qu l'une d'entre elles se dévoile à la tourne d'une ruelle. Des moments magiques: la ballade sur le contrefort des remparts, d'où l'on surveille la ville en conterbas et la campagne par les meurtrières. Le retour de la maison d'hôtes qui nous a servi un soir un bon repas familial (panne de chauffage, hélas, mais on nous a fourni les petits chaussons vendus par la maison), à la nuit noire, sous un ciel que Simon apprécierait, Saturne et Jupiter encadrant un fin croissant de lune islamique, sous les minarets faiblement éclairés, seuls dans le dédale, heureux et frigorifiés. Vous dire encore qu'ici tout n'est pas aussi rénové et muséifié qu'à Boukhara, que les habitants revivent dans la citadelle, qu'il suffit de s'écarter de deux ruelles pour trouver des enfants jouant au foot, des fours où l'on cuit le pain en grands disques croustillants et parfois décorés de dessins dans la crôute. Qu'ici comme partout, les plaques d'égouts ont été dérobées et que la marche de nuit est périlleuse, que les hommes crachent tout le temps  comme à la génération des anciens poilus (l'hypérite, j'en ai connu un). Que les odeurs de brochettes sont pour nous comme l'appel du Muezzin. Que nous resterions bien encore quelque temps avec nos petits enfants, que c'est sûr cette fois, je laisse la place à la titulaire.

mercredi 28 décembre 2011

Mon Nègre de Khiva


Quand Thérèse a ses parents avec elle, sa procrastination quasi surnaturelle et héréditaire, et sa paresse orientale entièrement acquise se conjuguent pour vous priver, cher public du blog,  de sa prose alerte et essentielle. Elle réquisitionne donc son père, en tous autres domaines inutile - j'entends mécanique, orientation, cuisine de camping car, surveillance scolaire, conversions monétaires rapides, négociations tarifaires habiles, électricité automobile - utile donc seulement pour pondre le texte synthétique et définitif sur les Toqués en Uzbékistan. Je passerai sur tout ce que vous pouvez lire ou imaginer des merveilles architecturales que les noms de Samarcande, Boukhara, Khiva, ah Khiva! peuvent susciter dans nos imaginaires d'occidentaux pas encore blasés.  Nos photos en diront un peu mais ne vous couperont pas le souffle aussi bien que les courants d'air glacés qui nous escortent ni les éblouissements d'un soleil hivernal tenace sur les grandes coupoles bleues et les façades enluminées de briques, mosaïques et majoliques des médersas. De ce côté là pas de déception. Mais l'enthousiasme monte de deux crans si je vous parle de Léon, sa bonne humeur absolue, ses exclamations en direction de Mashi et Tashi, son ravissement de pousser sa poupée verte à musique dans sa poussette rose: le père Noël de Boukhara a fait très fort! Pour Gaspard qui croit en lui (le Père Noël) et pour Ulysse qui respecte toutes les croyances, des objets de l'espace. Pour Rachel des fringues pour ses protégées, et pour tous, des livres venus de France. Y compris le manuel de Latin pour une toute première leçon à Boukhara. C'est classe, non? Les Ouzbeks sont sympas chaleureux et arrangeants. Le marché parallèle est floride et tout se négocie surtout l'argent qui s'achète un bon tiers moins cher dans les alcool shops que dans les banques. Dans les bazars immenses comme celui de Taschkent on trouve sur des étendues incroyables toutes les denrées de l'Asie et tous les peuples de l'Orient. A celui de Samarcande, à l'ombre des murs branlants du gigantesque mausolée de la première épouse de Tamerlan, le marché aux tabacs multicolores à fumer, priser ou chiquer, est aussi étendu que la halle aux poissons de Btz. Bien sûr les cônes soigneux des épices en poudre seront sur les photos. En Ouzbékistan il fait très très chaud l'été, une chaleur telle qu'il ne faut "ni bouger ni penser". Mais en hiver il fait très très froid. Il faut beaucoup bouger et beaucoup penser. Les grands manteaux bleu foncé des hommes, les tchatan, et leurs toques de fourrure me rendent envieux même si le chapeau kirghize offert pour mon anniversaire par les enfants (voyez un peu celui de Tournesol sur le bûcher dans le Temple du Soleil) me va à merveille. En tous cas la famille croule sous les épaisseurs de laines  et  tout va très bien. Sauf pour le TocCar qui fait des siennes. Une toute petite liste: gazole gelé, gazole coupé d'eau, filtre à gazole bouché, durites fuyantes, pannes électriques, électroniques, bruit nouveau de suspension, bacs des eaux gelés. XTO est dans le cambouis, par températures négatives, au moins un jour sur deux. Malgré les encouragements de Léon " Allez Khan King Kar!" et malgré quelques éclusages de Sarbast bière locale, son moral va finir par flancher . Les Babouchka et Papouchka sitters font donc leur office, avec d'autant plus de coeur que le programme jusqu'à ce jour est respecté: on ballade, on commente les monuments, on cherche les petits restaus locaux, pour le plov, genre de paella orientale, les lacmans, spaguettis en soupe et les samsas, petits pains à la viande, à la citrouille ou au poulet. Et les chachliks cuites dans la rue. Le tout bien gras car les lipides contiennent des vitamines anti rides et aident à lutter contre le froid. Je crois que Thérèse aspire à retrouver les légumes au yaourt iraniens. Et aussi on lit, on conte, on rigole, on joue aux cartes et bientôt au Back Gammon tout neuf et hand made de Christophe. Nous sommes les seuls occidentaux perdus dans ces contrées à cette époque et cela procure un sentiment excitant de découvreurs de cités interdites, sauf que les vendeurs de tissus, objets artisanaux ou industriels s'éveillent sur notre passage et ne veulent pas rater ces touristes inattendus. Ce soir à Khiva la fière cité aux hautes murailles de pisé, là où jusqu'au 19è siècle on vendait les occidentaux comme esclaves, nous avons déambulé et rêvé au soleil couchant, puis dîné en famille dans notre grand hôtel mi soviétique-mi ouzbek dans l'ambiance inattendue mais pas inespérée d'un repas de profs du lycée local (j'imagine, je ne connais pas), sono sans limite, vodka à flot. Contrastes. L'écologie environnementale dont nous sommes les ambassadeurs sourcilleux n'a pas passé l'Oural, le Pamir ni la Caspienne. Les plastiques jonchent les terrains les rues et les fossés partout, et même le désert tout au long de la route. Les canaux qui parcourent les villes ressemblent à des égoûts à ciel ouvert, mais comme ils sont gelés les enfants des quartiers jouent à glisser entre les bouteilles et  immondices enserrés dans la glace. Et pourtant la beauté des gens et des lieux nous saute aussi partout au visage.
 Il faut aussi que je profite de ma position très privilégiée d'observateur impartial pour vous dire que Thérèse est formidable. Elle parle un russe bien sonnant d'une limpidité toute Pouchkienne, en tous cas apprécié des commerçants qui généralement accèdent à ses désirs. Thérèse vous concocte un repas minute des plus succulents sur sa cuisine roulante, elle dirige de main de maitresse un school bus à niveaux multiples, selon des méthodes qu'elle pourra diffuser à son retour: en trois mois Gaspard lit très bien et écrit habilement. Elle est assistante technique infaillible dans le Toc Car sauf ce soir où elle fit sauter tous les plombs et où nous appréciâmes le chic avec lequel son époux ne lui en tint pas rigueur. Lui, justement. Conducteur infatigable et habile à franchir les pires obstacles (hier 10 h de route non stop avec 100km de route ravagée dans le désert à 30 à l'heure), chauffeur même puisque mécanicien efficace au delà du possible, ravitailleur inventif, (en Asie centrale on arrête les camions sur la route pour leur acheter leur diesel, denrée rare), guide qui ne se perd jamais ni à pied ni en voiture, ni le jour ni la nuit. C'est vraiment l'homme de la situation. Avec de tels parents les enfants sont en sécurité, et les grands parents aussi.        
 Il y a plein d'autres choses à dire, par exemple sur le culte kitschissime du Père Noël poussé à son apogée en ces contrées, ou encore la vogue des mariages du mardi où les époux font cortège dans les villes, lui jeune et costumé, elle bras nus et décolletée en  robe de mousseline nylon,  transie (de froid)   par -10°, ... mais je ne veux pas me substituer exagérément à votre auteuse favorite et vous promets de ne plus recommencer au moins pour ce voyage.
 Gora Ouzbekistani askatuta.