dimanche 5 février 2012

News d'Ormuz


Je vous rassure de suite, si le détroit d'Ormuz est l'enjeu de
batailles diplomatiques et de menaces politiques, vu d'ici, il ne se
passe strictement rien. Rien en ville rien sur la côte rien au port.
On aperçoit des navires de guerre à l'horizon, mais peut-être sont-
ils toujours là. Mais on est loin du porte-avion que les garçons
espéraient admirer ou des avions de guerre décollant dans tous les
sens.
Une fois de plus les combats des chefs dépassent totalement la péquin
et le Toquin de base et nous avons besoin nous aussi de la presse
internationale pour savoir qu'il se passe quelque chose.
Mais comme nous sommes vos envoyés spéciaux dans le golfe persique,
nous ne pouvons pas vous laisser ainsi, sans information, alors dans
l'attente du scoop, nous avons décidé de vous offrir un petit
reportage sur le camping à Bandar Abbas. Qui sait si, une fois de
plus, nous n'allons pas lancer une mode. (quelqu'un a-t-il des retours
sur la fréquentation des campings de Sibérie depuis que nous en avons
fait l'article ?)
Bandar Abbas est une station balnéaire aux températures très
agréables en ce mois de février. Une petite brise marine ou un fort
vent marin vient nous rafraichir lorsque le soleil tape un peu trop,
ce qui rend un peu difficile le port du voile islamique pour les
novices mais nous donne des airs de Marylin from Bagdad.
L'avantage de l'Iran c'est qu'il n'est nul besoin de camping pour
camper. A l'heure où la France interdit toute forme de camping
sauvage, les iraniens plantent leur tente partout. Nous, ça nous
enchante. Donc des la fin d'après-midi, le front de mer se remplit de
tentes multicolores, qu'on pose soit sous les kiosques à pique-nique,
soit sur le trottoir, sur le promenoir ou sur le parking directement,
à côté de sa voiture. Et ceux qui n'ont pas de tente dorment à la
belle étoile. Certains sont là pour une nuit, d'autres pour une
semaine et tous installent une vraie cuisine. Parce que nous sommes
les seuls à nous contenter de sandwichs lors de nos pique-niques. Les
iraniens eux, sortent les tapis, les couvertures, les gamelles, les
barbecues, les grills, la théière. Il faut dire que dans un pays où
les repas se prennent sur le sol, le pique-nique ne change finalement
pas tellement de l'ordinaire.
Bon, du coup, les nuits en bord de mer ne sont pas très calmes,
d'autant que les autres campeurs ont vite fait de comprendre quel
merveilleux paravent offrait notre Toqcar pour leurs tentes (qu'ils
ont l'habitude de poser mais pas de planter, habitude du désert de
sable et de rocaille ??). Et lorsqu'ils campent, quand au lever du
soleil se joint le
chant enthousiaste du muezzin, les iraniens ne trainent pas sous leur
couette et préparent le thé sitôt la prière terminée. Rachel s'est
de suite enthousiasmée :"on dirait un vrai camping !" oui... Voilà...
Le vrai camping en bord de mer, avec les cris des voisins, la musique
des jeunes (merci Allah, la musique moderne est interdite donc elle ne
retentit jamais longtemps), les sanitaires qui débordent et le plaisir
d'avoir toujours des voisins avec qui jouer au foot. Et les soirs de
matchs, les mêmes écrans géants, les mêmes discrets que chez nous
qui klaxonnent, crient, hurlent leur joie sportive toute la nuit.
Mais le camping sans apéro.
Heureusement il y a la mer.
  La mer ici ressemble à la mer normande, elle se mérite, il faut
marcher pour la tâter. Oui la tâter parce que la baignade tout
habillé c'est pas notre tasse de thé et visiblement pas celle des
iraniens. Ceci-dit, on est en plein hiver, ceci explique peut-être
cela.
Mais pour y arriver à la mer il faut aussi enjamber et éviter les
ordures qui jonchent la plage. Parce qu'en plus des poubelles, j'ai
oublié de vous dire que les égouts, qui passent à côté de l'aire
de jeux des enfants, se jettent directement sur la plage.
Mais c'est un détail auquel on s'habitue en voyageant.
En revanche nous n'avions pas pensé à un autre détail, de taille :
le pétrole déposé par la mer.
Lorsque les pieds dans l'or noir, on voit des dromadaires passer au
galop et tous ces voiles noirs au vent (chaud) sur le sable, on oublie
vite la Normandie. Sans parler des gardiens de la révolutions qui font
vrombir leurs moteurs et crisser les pneus de leurs motos. Ah ça...
Elle est bien gardée la révolution...
Mais il faut reconnaitre un gros avantage au camping en Iran : hormis
sur le bout du nez, on ne risque pas les coups de soleil et on n'a pas
à s'infliger la vision des fesses ou du bide rouge de nos voisins de
théière.

Vous comprendrez toutefois que nous avons été ravis de retrouver la
mer, et que nous nous sommes empressés de la quitter, pour trouver
refuge dans un parc très calme de centre-ville, sous des palmiers
splendides. Ainsi Léon peut-il jouer dehors sans être attrapé
embrassé photographié, et nous pouvons lire sans être regardés
comme des extra-terrestres, interrompus, invités. Ce qui ne nous a pas
empêché de faire des rencontres sympa ni d'aller diner chez de
nouveaux amis, vous connaissez maintenant les iraniens !

Mais comme nous sommes des Toqués sérieux, nous allons creuser cette
histoire de détroit, et demain soir, nous quittons l'Iran et
embarquons tous - Tqcar compris - sur un bateau, afin d'aller voir en
mer, si réellement ça bouge à Ormuz.

3 commentaires:

  1. Merci aux envoyés spéciaux! (j'avoue jusqu'à il y a quelques minutes, je ne savais ni où était le détroit d'Ormuz ne ce qui s'y tramait...) C'est super de vous savoir repartis, et tellement agréable de vous lire!
    Biz à tous!

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  2. et le petit leon a t il enlevé ses bottes moumoutées? je savais bien que tu avais un air de marylin poupoupidou!!
    je vous embrasse bien tendrement
    anne ce

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  3. Je me suis rafraîchi la mémoire grâce à un article du Monde daté du 19.01.12 qui se termine ainsi :
    "Le détroit, par lequel transite 35 % du pétrole transporté par voie maritime dans le monde, est au centre du jeu d'échec entre l'Iran et les Etats-Unis, qui mènent campagne pour durcir les sanctions contre Téhéran en raison de son programme nucléaire. L'Iran en retour souffle le chaud et le froid, répétant, manœuvres navales à l'appui, qu'il a la capacité de fermer ce passage."
    Et les 17 millions de barils de pétrole qui transitent chaque jour par le détroit, vous les apercevez ??

    Bisous, les loulous, bonne traversée !!!!!

    Nath de B

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