vendredi 13 avril 2012

Merveilles d'Oman et histoires d'oeufs



Première merveille et pas des moindres  : les cloches sont passées à
Mascate ! Nous avons été invités chez Juliette pour une chasse aux
œufs avec les enfants du catéchisme. La veille, nous l'avions juste
contactée pour connaitre l'horaire de la messe en français et elle
est venue nous inviter, nous proposer diner, douches et lessives mais
surtout une chasse aux œufs inespérée. Quand il fait 40 et qu'on n'a
pas de frigo, difficile de jouer les cloches même quand on est expert
en la matière. Mais nous avons eu à Oman une révélation qui
pourrait bien être utile pour les Pâques du Pays-Basque : les cloches
déposent dans les jardins des œufs... en plastique ! Il suffit
ensuite de les échanger contre des œufs en chocolat. Voilà donc un
stratagème de pays chaud que nous pouvons adopter dans nos contrées
pluvieuses (amis écolos je vous entends d'ici : des œufs en bois
feront également l'affaire). Nous avons passé un très bon moment
avec plusieurs familles françaises que nous avons ensuite retrouvées
le soir pour la messe à laquelle les enfants ont participé
activement. Entre temps les cloches sont passées pour les grands
puisque comme convenu, l'agent à qui nous avions confié nos
passeports, est venu nous les rapporter, sur notre parking, enrichis
de beaux visas de transit pour l'Arabie saoudite.
Dimanche soir nous avons été invités pour un délicieux dîner
pascal dans une autre chouette famille de Mascate. Mmmmmmhhhh l'agneau
comme à la maison (et même, et certaines comprendront ma joie toute
pascale : des Hooegarden !). Notre week-end Pascal aura été très
chaleureux grâce à l'accueil de tous ces omanais d'adoption.
Mais nous avons tout de même quitté la capitale, non sans avoir
visité son immense mosquée et son vieux quartier, pour nous diriger
plus au Sud. Entre deux criques nous avons rencontré une famille de 5
anciens (et futurs ?) grands voyageurs en vacances à Oman, avec qui
nous faisons bivouac commun depuis quelques jours. Difficile de vous
raconter toutes les merveilles ou découvertes que nous faisons chaque
jour. Mais impossible de ne pas vous raconter le Wadi Shab. Entre deux
pics montagneux, on marche une bonne heure, tantôt sur les rochers,
dans l'eau, au dessus d'eaux vertes et limpides, sous les palmiers, on
escalade, on grimpe... La montée en elle même est une aventure.
Gaspard ne cessait de dire : "Mais c'est un rêve là, un vrai rêve !"
ou de s'interroger : "Peut-être qu'on va arriver au pays des
merveilles ?" A vrai dire nous ne savions pas non plus vraiment à quoi
nous attendre. Au bout de cette montée on parvient à des bassins
naturels transparents. Les enfants s'en sont donné à cœur joie, les
parents aussi. Mais les plus courageux, ceux qui nagent jusqu'au bout,
et qui osent passer dans une faille minuscule, qui oblige les plus
grosses têtes (suivez mon regard) à passer sous l'eau, sont
récompensés quand ils parviennent dans une grotte à la lumiere un
peu inquiétante, qui abrite une cascade et sans doute des monstres
mystérieux. Nous avons un peu rêvé dans la grotte où nage la
sirène jusqu'à ce que Léon, effrayé par toute cette histoire, ne
nous oblige à revenir au grand jour.
Un autre jour nous avons aussi expérimenté la version naturelle de
ces soins des pieds que certains centres de thalasso proposent : dans
un bassin digne de "voyage au centre de la terre", de petits poissons
se sont régalés en nous grignotant les pieds.
Et enfin nous sommes arrivés à Ras al Hadd, lieu de ponte des
tortues. Xtophe avec son flair infaillible pour les bons bivouacs nous
a dégotté un petit coin de paradis entre deux plages de pêcheurs, à
la limite entre la zone non protégée et la zone de protection des
tortues. Nous avons à notre disposition 2 abris de pêcheurs
(rapidement les 7 enfants en ont annexé un, organisant des élections
présidentielles pour commencer puis, face aux fraudes électorales et
aux alliances suspectes, ont décidé que finalement ils prendraient
chacun un ministère et gouverneraient de concert, l'éducation civique
en action, rien de tel !), et surtout deux plages que nous ne
partageons qu'avec des pêcheurs et sur lesquelles viennent pondre des
milliers de tortues. Avant de nous rendre au centre qui organise les
visites sur les plages à l'aube ou le soir, nous avons décidé
d'attendre et de tenter notre chance tout seuls. Encore un luxe que
nous pouvons nous offrir puisque notre temps n'est pas compté.
Hier soir, les enfants couchés, nous décidons avec Delphine d'aller
faire un tour sur la plage, au cas où, sans trop y croire. Nous
papotons, rigolons, il fait noir et les lumières sont interdites pour
ne pas effrayer les tortues. A peine arrivées sur le sable à quelques
dizaines de mètres de notre campement, Delphine me montre un rocher et
prise d'un doute me demande quelle taille peut bien faire une tortue.
Je rigole, lui dis que je ne sais pas mais que j'ai un peu peur, et
que ce n'est qu'un rocher. Nous gloussons... Jusqu'à ce que le rocher
souffle, ne se mette à bouger, et que Xtophe qui nous rejoignait nous
confirme, désolé par notre nouillitude que c'était bien un tortue.
Elle était entrain de finir de reboucher le trou où elle avait pondu.
Moment incroyable. Nous avons couru tirer nos enfants de leur nid, ils
ont eu le temps d'apercevoir le mastodonte repartir dans l'eau. Nous
avons parcouru rapidement la plage, en vain, mais vu les traces sur le
sable, nous savions que ce n'était pas un fait isolé.
Ce matin, plein d'espoir, nous avons remis le réveil à 4h30. Les
copains étaient partis au centre de Ras Al Jinz. Les 3 grands et moi-
même sommes repartis sur la plage, dans le noir. Partout sur le sable
ces traces impressionnantes que laissent les animaux dans leur sillage
(de longues et larges trainées et des cratères) avaient transformé
la plage en un vrai champ de mines ! Et soudain, elle était là. Une
très belle tortue verte. Nous n'osions plus respirer, instinctivement
tous accroupis nous avons compris qu'elle repartait vers l'eau. Mais
cette tortue était un peu déboussolée et a pris un chemin très
détourné pour retrouver la mer. (Depuis nous avons appris que c'est
à cause des lumières de la ville sans doute) Du coup nous avons pu la
suivre longuement de loin. Puis le jour se levant, nous avons pu la
découvrir vraiment, petit à petit et nous sommes approchés au moment
où elle allait disparaitre dans la mer. Gaspard était très ému
(même s'il est un peu choqué que les mères viennent ainsi abandonner
leurs oeufs) et a eu beaucoup de mal à se retenir de la caresser.
(Xtophe a pu nous rejoindre avec l'appareil photo et immortaliser
l'instant)
Quelle magie : la plage pour nous seuls, en pyjama, le silence, le
jour qui se levait et cet animal incroyable, épuisée après être
venue sur les lieux de sa naissance pondre ses 5-6 kilos d'oeufs, les
enfouir, creuser ensuite de faux nids pour tromper les prédateurs, et
traîner ses 150 kgs jusqu'à la mer - C'est pas un mâle qui ferait
ça ! -...
Nous sommes fatigués, les écoliers ne sont pas très efficaces, mais
nous sommes enchantés. Du coup nous restons un ou deux jours de plus
dans ce petit Eden, bien décidés à boire notre Tang sur la plage à
la nuit tombée pour attendre de revoir nos majestueuses voisines des
mers et tenter d'apercevoir la courses folle de leur progéniture qui
couve sous nos pieds.

2 commentaires:

  1. Arrrgghhhhhhh je suis d'une jalousie rare !
    Mais sacrément content pour vous. J'imagine parfaitement l'imaginaire typé "Voyage au centre de la Terre", les découvertes au milieu de cette nature ahurissante...
    Et c'est Gasperge sur la photo là ?!? Wouha qu'il a poussé.
    On vous embrasse tous, à bientôt,
    Xixi.

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  2. un peu de réconfort pour les naturalistes, bien méprisés dans les écoles et les médias ( " c'est bien pour les enfants"); commentateur connu!!

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