lundi 28 mai 2012

Les Toqués kibboutzniks


Nous qui avons visité tant de sites magnifiques, qui nous promenons dans les civilisations, les ruines et les musées, il était temps que nous découvrions un peu les dessous de ces histoires et ceux qui creusent, dépiautent, analysent et mettent à jour notre histoire : les archéologues. Je vous préviens de suite, ces gens-là sont fous, ils font un travail de fourmis et de titans à la fois.
Accueillis par la très célèbre archéologue française Fanny B.S. de Biarritz, amie de... 30 ans (non maman, je ne me suis pas trompée dans mon calcul...), nous avons eu la chance de bénéficier d'entrées VIP sur le site du village néolithique de Beisamoun, au nord du lac de Tibériade. Tous les ans, Fanny et son équipe (13 étudiants français, belges, américains, espagnols cette année) viennent fouiller durant 5 semaines afin de mettre à jour les secrets d'une période de la préhistoire encore très mystérieuse. (Gaspard spontanément appelle cela "enquêter" et il n'a pas tort, c'est une immense enquête) Je ne vous raconterai pas les détails de leur travail parce que Ulysse, qui rêve depuis des années d'être archéologue et a pleinement profité de cette aubaine pour s'incruster dans l'équipe, veut le faire lui-même. (Et dans les grandes nouvelles, sachez que le blog d'Ulysse est de nouveau à jour !!!)  Deux petites anecdotes toutefois : notre Léon a employé à cette occasion ses premiers "pourquoi". Après avoir observé longuement le chantier, en avoir fait le tour avec nous, il nous a interrogés, héberlué : "Pourquoi prennent les cailloux ???" "Pourquoi enlèvent les cailloux ???" "Pourquoi prennent les cailloux ???" Je pense qu'il ne s'en est pas remis, je vous disais qu'effectivement ces gens-là faisaient un travail de toqués... Et en partant, Gaspard, toujours aussi nuancé, s'est écrié : "On n'a jamais rien fait d'aussi cool !". Vous l'avez compris, c'est passionnant pour nous tous, nous avons appris énormément de choses et nous reviendrons à la fin du chantier pour voir l'évolution du site et le premier bilan.
Durant les fouilles, Fanny et son équipe logent au kibboutz Gadot, où nous nous sommes installés, expérience indispensable en Israël. En plus tous les week-end le célèbre mari de la célèbre archéologue, privé de fouilles cette année pour cause de travail à terminer à Jérusalem, la rejoint avec leur enfants et nous avons pu tous ensemble fêter Shavouot, fête religieuse juive, fête des récoltes qui donne lieu à une grande fête pour les enfants le dimanche dans tous les kibboutz.
Mais alors, à quoi ça ressemble vraiment un kibboutz ? Nous n'en sommes qu'au début de notre enquête et de notre découverte, et nous vous en dirons plus dans quelques semaines. Nous pouvons toujours vous livrer nos premières impressions et informations concernant le kibboutz Gadot.
Un kibboutz est un village fermé, ici de 250 habitants, qui en général a développé une activité principale (souvent l'agriculture, qui a cédé la place ici à une usine de plastique) L'architecture est plutôt moche, les maisons sont faites en béton armé et de bric et de broc mais la végétation luxuriante l'atmosphère de vacances la fait oublier. Les kibboutz fonctionnaient autrefois totalement sur un système communiste, non marxiste mais inspiré de Tolstoi. ( Vous voyez que les étapes de notre voyage sont terriblement imbriquées) Tous les revenus étaient mis en commun, et aucun argent ne circulait dans le kibboutz où tout était gratuit. Les repas étaient servis au réfectoire, un parc de voitures était à disposition des kiboutzniks (je manie mal le pluriel et la grammaire hébraiques excusez m'en). L'idéalisme de l'égalitarisme était poussé à son paroxysme avec l'éducation des enfants hors des familles : dès la naissance ils étaient déposés à la pouponnière et ne voyaient leurs parents qu'une heure le soir... Le kibboutz payait les études des enfants.
A priori plus aucun ou plus beaucoup (nous devons creuser la question) de Kibboutz fonctionnent ainsi, ils ont dû évidemment faire preuve à la réalité et à l'impossibilité de vivre ainsi en circuit clos. Désormais chacun garde ses enfants (alleluia), ses revenus, paye un loyer, paye ses courses au magasin central et ses repas au réfectoire (il pleure dans mon coeur d'idéaliste...). Il semblerait que les kibboutzims aient été divisés en "lots" divisés entre les kibboutzniks. Mais le lieu demeure particulier et un certain état d'esprit demeure. Tout d'abord les voitures ne circulent pas dans le kibboutz : des parkings sont aménagés tout autour du village, et seuls de petits véhicules, pour la plupart électriques, circulent à l'intérieur pour les personnes âgées ou les employés du kibboutz qui se déplacent beaucoup. Un parc de voitures de location demeure à disposition des habitants. Une belle piscine est accessible à tous, ainsi que de nombreuses aires de jeux pour les enfants, sans parler de toutes les pelouses, forêts, abris anti-aériens transformés en salles de musique, en pub, et qui font des cabanes formidables pour les petits toqués. Ensuite le réfectoire fonctionne toujours, le midi surtout pour ceux qui travaillent à l'usine, mais aussi tous ceux qui veulent, le soir uniquement s'il y a des groupes de touristes (surtout des jeunes américains qu'on essaie de convaincre de venir vivre en Israël) qui logent alors dans le BandB du kibboutz, et surtout le vendredi soir pour le dîner de Shabat. Là une grande partie du kibboutz se retrouve en famille pour venir prendre ce repas en commun. Ensuite un café est offert en bas, et tout le monde peut ainsi se rencontrer, papoter. Ceux qui nous connaissent et connaissent nos rêves de cantine des familles se douteront que nous avons adoré le concept et en rêvons pour le dimanche midi. En ce week-end de fête, toutes les familles étaient réunies, les jeunes reviennent, ceux qui en ont besoin se voient octroyer des piaules et maisonnettes pour l'occasion. La fête en elle-même ressemble un peu à une fête de village avec son lot de discours (en hébreu on n'a pas tout suivi mais ça parlait beaucoup de récoltes, d'Israël et de la bible), de danses plus ou moins réussies et plus ou moins de bon goût des enfants et des adultes, de chants, poèmes, de la présentation des bébés de l'année coiffés de leur couronne de fleurs. La fête des enfants vaut le détour. Sponsorisée par l'usine du kibboutz, elle leur offre des attractions qui font rêver les scouts qui ne sommeillent pas en nous mais qui feraient frémir toutes les commissions de sécurité de notre douce France. Gaspard a fait honneur au buffet royal (barbapapa, pop-corn, glaces, boissons, hamburgers et hot-dogs à volonté), la musique, trop forte et trop folklorique, avait parfois des accents de chants basques. Le bon côté c'est que tout le monde parle anglais, et que puisqu'il n'y a pas de voitures et que tout le monde connaît tout le monde, les enfants sont totalement libres et peuvent vivre leur vie. Le kibboutz a pour nous des allures de village-vacances avec cette dimension historique et politique passionnante. Evidemment,comme pour tout en Israël, la réalité est complexe, les enjeux idéalistes des kibboutz se sont mêlés et emmêlés avec d'autres enjeux politiques et nous aurons l'occasion d'en reparler. Mais ils ont su s'adapter et s'ouvrir, même si les barbelés sont toujours là, si le portail se ferme toujours la nuit.
En tous cas, entre la découverte de l'archéologie, celle du kibboutz, les moments passés avec nos amis qui nous ont gâtés, régalés de champagne, de foie gras et de boudin délicieux (du BOUDIN !!!), nous ne voyons pas le temps passer. Nous reviendrons dans quelques semaines mais désormais nous sommes attendus par d'autres amis voyageurs sur les rives de la Mer Morte.

jeudi 24 mai 2012

Les Toqués en Galilée


Le 16 mai, nous nous sommes présentés tôt au poste de frontière,
finalement timidement indiqué en tant que "Jordan Border". Côté
jordanien les formalités n'ont pas été compliquées mais plutôt
coûteuses et les employés n'ont pas fait de zèle pour nous expliquer
les choses. Fatigués et pas sûrs d'avoir compris grand chose nous
avons décidé de faire les choses simplement et qu'à Dieu (lui qui
pose tant de problèmes dans la région et à cette frontière en
particulier) ne tienne nous avons fait tamponner nos passeports.
Après la dernière barrière, enfin un timide panneau "Israël" nous a
confirmé que nous ne nous étions pas trompé de direction. Ouffff.
Le look des douaniers aussi nous l'a confirmé. Ou plutôt nous nous
sommes d'abord demandé si nous n'étions pas sur le tournage d'une
série du style : "Les experts Tel-Aviv" ou "Top Model GI Israël".
Impressionnant : les militaires ont 20 ans de moyenne d'âge, des
minettes crinières au vent et Ray-Ban sur le nez dans des tenues qui
mettent en valeur leurs armes (fatales), des kékés des plages en
tenue de ville flashy, mitraillette en bandoulière, tous munis de
talkies, de micros dernier-cri et autres accessoires de guerre ultra
fashion. Impressionnants, folklo en diable, mais charmants au
demeurant. Même si l'idée de tous ces ados armés fiche la trouille
à celle qui sait qu'on n'est pas sérieux quand on a 18-21 ans.
Bref. Nous étions prêts à un parcours du combattant nous aussi,
armés de nos sourires et de notre politesse. Premières questions sur
notre voyage, nos intentions, vérifications d'identité, questions
d'usage sur nos armes éventuelles (et rigolade des mini-GI face aux
fusils en bois des enfants).
On nous explique très courtoisement que nous allons devoir vider
intégralement notre Toqcar. Aïe. Mais nous y étions prêts et
répondons avec notre patience et notre diplomatie inhabituels,
endossés pour une situation exceptionnelle. On nous fait passer d'un
poste de contrôle à un autre, calmement, de façon extrêmement
organisée et nous on tremble de peur de se tromper de route, de lieu,
d'interlocuteur. Nous passons d'un bébé-militaire à un autre. Mais
malgré tout l'ambiance est bonne-enfant. Au moment d'obtenir le visa
gratuit de trois mois, gros interrogatoire. Nous n'avons pas eu à
mentir, les questions nous ont été bien posées. Notamment on nous a
demandé dans quels pays arabes nous étions passés (or l'Iran n'est
pas un pays arabe). On nous a demandé si nous comptions aller dans les
territoires occupés comme Gaza (or non nous ne comptons pas aller à
Gaza justement et personne n'a pas mentionné les autres). Petit stress
quand on m'a demandé le nom de mon grand-père parce que nos grand-
pères n'ont pas le même nom d'usage et nom de baptême, difficile de
savoir celui qu'ils voulaient. Mais le grand oral s'est finalement
très bien passé. Ne restait plus que l'épreuve pratique et
périlleuse du scanner du Toqcar. Arrivés devant le bâtiment
indiqué, une mini-minette à mitraillette nous a gentiment dit que
nous devions mettre l'intégralité du contenu du Toqcar sur des
chariots afin d'aller les faire passer sur le tapis du scanner. Vous
imaginez le défi après 10 mois et des miettes (et du sable et de la
poussière et des souvenirs) de voyage. Mais, forts de notre toute
nouvelle sagesse toute de circonstance, conservant nos sourires
désarmants, nous avons posé notre progéniture à l'ombre et avons
établi notre plan de combat. A Xtophe la soute et à moi les placards
pour commencer. Mais soudainement les talkies-walkies se sont mis à
grésiller. On m'a demandé d'entrer dans le bâtiment avec les
enfants, j'ai fait passer mon sac à main sur le tapis. On m'a demandé
d'attendre. Et finalement après quelques questions supplémentaires et
un simple coup d’œil d'une cheftaine, pardon d'une gradée, dans
l'habitacle, Xtophe nous a rejoints : nous étions exemptés de
fouille ! Le temps de faire un papier pour le camping-car et nous
étions en Israël. Simple comme Shalom !
Depuis nous tournons autour du lac de Tiberiade, posons nos pieds dans
ceux de Jésus, de ses apôtres, et de tous ceux qui sont passés en
Terre sainte. Je peux faire prendre l'air à mes jambons, non pardon à
mes jambes, nous discutons (mais évitons les sujets à controverse)
avec les israéliens qui sont globalement jeunes, sympas et
polyglottes. Nous nous réhabituons à voir des femmes partout,
découvrons de nouveaux styles vestimentaires et religieux, ne nous
habituons pas aux militaires armés et à l’omniprésence militaire.
Pour le moment nous arpentons la Galilée la haute Galilée et le
Golan. La difficulté demeure de trouver des bivouacs en dehors des
terrains de camping, car le pays est entièrement quadrillé de parcs
naturels (clos et très règlementés, même s'il est assez étonnant
pour nous de voir qu'une partie est dédiée aux tirs ou exercices
militaires, ce qui nous vaut quelques frayeurs la nuit, à croire qu'en
Israël ce qui est militaire est naturel...), de kibboutz (clos),
d'exploitations agricoles (closes), de champs de mines (clos,
heureusement !).
La nature est magnifique et riche (et on comprend pourquoi Israël a
pris le Golan...), le croisement de toutes les cultures, de tous les
lieux saints extrêmement émouvant, nous apprivoisons petit à petit
l'histoire pleine de bruit et de fureurs de cette région du monde,
nous étonnons nous émerveillons et nous horrifions, nous testons tous
les houmous possibles et le vin du coin. Et surtout nous nous
réjouissons de retrouver ma (très) vieille amie archéologue,
installée avec sa famille à Jérusalem depuis septembre, qui dirige un
chantier de fouilles dans le coin et grâce à qui nous allons nous
replonger dans la Préhistoire et nous plonger déjà dans des
retrouvailles amicales et familiales dont nous avons besoin et que
nous commençons à attendre avec impatience.

PS : dernières photos en ligne !

vendredi 18 mai 2012

Toqués d'Histoire


Depuis quelques jours nous avons l'impression d'être dans une grande
machine à remonter le temps. Sillonnant la terrible route du Roi qui
franchit des dénivelés à faire mourir de peur une Toquée, passant
en un rien de temps de températures délicieuses dans les hauteurs à
des chaleurs suffocantes au niveau de la Mer Morte (-400 m) ou du
Jourdain, nous roulons de châteaux de croisés en châteaux de
Saladin. Ces explorations ne sont pas sans surprises au goût des
enfants, du genre passages secrets obscurs et interminables,
catacombes et geôles. Nous avons également contemplé la terre promise
au Mont Nebo, comme Moise, sommes allés nous recueillir au site du
baptême de Jésus où nous avons même osé toucher le Jourdain (nous
espérons qu'il était plus clair il y a 2000 ans). Le plus
impressionnant dans ce lieu c'est que de l'autre côté du Jourdain, à
4 mètres, des pèlerins viennent chanter, se faire baptiser et se
plonger dans le Jourdain mais... côté palestinien (ou israélien). Du
coup nous nous regardons, des deux côtés de cette frontière
naturelle et sainte, encadrés par des gardes en arme, chacun sous
notre drapeau... Étonnamment, c'est Gaspard qui a été le plus ému par
le lieu, se mettant à chanter un cantique, c'est un grand mystique,
notre bulldozer !
Voulant sortir des sentiers battus et cherchant le moyen d'apprécier
ce pays qui nous déçoit, nous sommes aussi allés visiter les
châteaux du désert, vers les frontières de l'Irak et de l'Arabie
Saoudite. Sous une tempête de sable, dans une zone désertée et
glauque, peuplée de sacs en plastiques et de tentes de bédouins
rapiécées (l'inconséquence des hommes ayant asséché la plus grande
zone humide du pays), après nous être heurtés à la porte d'un parc
naturel fermé, à l'entrée d'un château introuvable, à un policier
ivre, à un hôtelier désagréable, nous avons eu la bonne surprise de
tomber sur une équipe italienne restaurant les fresques superbes et
rares du Qusayr Amra.
Mais c'est sans doute la cité romaine de Jerash, au Nord de la
Jordanie, qui nous aura le plus séduits. Rarement nous avons visité
un site dans un tel état de conservation. En plus les ruines sont au
milieu de la ville actuelle, ce que nous apprécions toujours, et il
est finalement peu fréquenté.
Nous terminons notre voyage en Jordanie à Umm Qais, l'ancienne Gadara,
à la pointe Nord Ouest du pays. Entre les colonnes en basalte noire,
cette cité romaine bien moins entretenue et restaurée que celle de
Jerash jouxte un village abandonné de la période ottomane et offre
surtout une vue imprenable sur la Syrie, le lac de Tiberiade et le
plateau du Golan. La majorité des jordaniens, d'origine palestinienne,
viennent ici admirer leur ancienne patrie. Dans ce site, désert en
journée, nous nous sommes offerts un dernier festin jordanien dans un
restaurant avec vue sur la mer de Galilée (Tiberiade), mezze et bière
non islamique (merci mon Dieu) au menu.
Nous comptions passer un mois en Jordanie, nous n'y serons restés que
deux semaines. Pour la première fois depuis le début de notre voyage
nous n'avons pas réussi à nous poser, comme nous aimons le faire, et
chaque jour, la petite taille du pays aidant, nous avons été poussés
plus loin. Trouvant difficilement des bivouacs calmes ou agréables (et
gratuits ou peu chers), nous n'avons pas non plus pu entrer
véritablement en contact avec les jordaniens, n'avons pas pu vraiment
discuter au delà des sourires et des salamaleks d'usage (ou des
beuglements des bandes de jeunes). Ce pays vaut le détour, il possède
des richesses naturelles et historiques incroyables et se prête
parfaitement à des vacances d'une ou deux semaines, mais pas à notre
mode de voyage. C'est la première fois que nous quittons un pays sans
regret, et même avec plaisir.
Où allons-nous maintenant ?
Difficile de vous répondre, parce que selon qui vous êtes, nous
adapterons notre réponse, comme nous le faisons depuis quelques temps
et allons devons le faire avec beaucoup de diplomatie dans les
semaines à venir. Nous allons dans une région du monde extraordinaire
et terrible.
Pour commencer nous allons essayer d'en trouver le chemin puisque si
en Jordanie tous les pays avoisinants sont indiqués sur les panneaux
de signalisation 150 km avant leur frontière, celui-là n'apparaît
nulle-part. Ensuite nous allons poursuivre notre voyage dans
l'Histoire et le temps... parce qu'il commence à nous être compté.

dimanche 13 mai 2012

Welcome to Jordan !


C'est la salutation à laquelle nous avons droit cinquante fois par jour et les Jordaniens ne sont avares ni de salutations, ni de sourires.
La Jordanie n'usurpe pas sa réputation : elle est splendide. Le wadi rum nous a enchantés par son immensité, ses couleurs, son calme aussi. Même en Toqcar peu 4x4 nous avons pu nous installer dans des coins presque déserts. Presque, parce que ce qui est incroyable avec le wadi rum c'est qu'il est habité, et qu'alors qu'on se pense loin de toute civilisation, on tombe sur des campements de bédouins, ou sur un gamin en voiture (oui chez les bédouins on conduit vraiment quand on a les jambes à peu près assez longues), un autre sur son dromadaire, ou sur une habitation creusée dans la roche aux couleurs changeantes. Et finalement, malgré l'affluence qu'on peut imaginer dans ce lieu mythique, même en ne sortant pas trop des sentiers battus, on ne se sent nullement dérangés par les autres visiteurs. Chacun peut se prendre pour Lawrence d'Arabie et nous ne nous en sommes pas privés.
Rouge est le wadi rum, bleue est la mer rouge. Et très salée et peuplée de poissons magnifiques, c'est vrai, nul besoin là non plus d'aller bien loin pour les admirer. Mais si on n'est pas un adepte de la plongée sous-marine, le lieu ne présente aucun autre intérêt que celui de voir les rives égyptiennes, où nous n'accosterons pas cette fois, et les israeliennes qui nous attendent. Nous nous sommes offert quelques jours de farniente afin de pouvoir arriver en pleine forme à Petra, dont nous rêvons depuis longtemps.
Nous avons commencé à aborder la cité nabathéenne par son côté le plus tranquille : Siq al Barid, "little Petra", en périphérie de la grande. Impossible de résister au charme de ce lieu très paisible, que nous avons le droit d'arpenter selon notre bon vouloir. Posant le Toqcar où nous le désirions, nous nous sommes pris pour des explorateurs, découvrant parmi les rochers, à notre rythme et comme si nous étions les premiers, inscriptions nabathéennes, grottes, vestiges du néolithique, villas romaines. Un rêve pour les enfants, et pour les parents.
Puis nous nous sommes offert Petra. Une seule mais magnifique journée à Petra. Levés à l'aube, nous étions à 6h à la billetterie, une seule personne nous devançant apparemment. Nous avons eu le Siq pour nous seuls, sommes arrivés face au trésor, tels des conquérants. Nous avons arpenté seuls les rues de l'ancienne cité, escaladé les centaines de marches conduisant au haut lieu des sacrifices, nous sommes perdus dans les méandres des rochers et des temples. Ce site est incroyable, grandiose, époustouflant. Malgré la fatigue nous n'avons pas regretté notre décision : dès le milieu de journée, lorsque nous avons entamé le chemin du retour, nous nous sommes retrouvés dans une foule incroyable et bigarrée. Vision étonnante et fatigante.
Et c'est fatigués par la face cachée de Petra et de la Jordanie, que nous avons vite quitté l'atroce wadi Musa, pour retrouver la route du roi.
Parce que depuis que nous sommes en Jordanie, plusieurs aspects de ce pays nous étonnent et nous chagrinent. Tout d'abord la situation économique : c'est un pays très très pauvre et très sale. L'urbanisme est totalement anarchique, les maisons sont toutes à moitié commencées, à moitié en travaux, on a l'impression de se promener dans une zone de guerre. Les ordures, le plastique sont partout, absolument partout. Pas un lieu n'est épargné. Sauf les sites les plus fréquentés de Petra, les autres sont des tas d'ordure. Ce n'est pas nouveau, nous avions eu envie de pleurer en voyant les tortues se frayer un chemin entre les bouteilles sur la plage à Oman, mais je crois que la Jordanie bat des records. Et donc les Jordaniens, bédouins ou citadins, vivent aussi dans les ordures. L'éducation est très très lacunaire et coûte cher. La plupart des enfants quittent l'école à 9 ans. Enfin ceux qui peuvent aller à l'école, parce que si nous avons bien compris, ce n'est pas donné à tout le monde. De toute manière, vu le nombre d'enfants et de jeunes dans le pays, on ne voit pas comment matériellement toute cette jeunesse peut être instruite correctement. Donc les enfants travaillent partout, dans les restaurants, les cafés, les magasins, partout. Nous avons été très choqués de voir qu'à Petra, comme dans d'autres sites, ce sont les enfants qui conduisent les ânes, les dromadaires, qui vendent les breloques (le nombre de stands de bijoux et trucs et bidules est terrible et défigure quand même certaines parties du site). Comment l'Unesco peut-elle classer des sites au patrimoine mondial sans en retour exiger des pays le respect de certains droits des enfants ? Nous ne sommes plus assez naïfs pour penser que ces enfants peuvent ne pas travailler. A 10, 15 par famille, chacun doit gagner sa croûte. Mais qu'ils aient droit à une instruction minimum, qu'une partie de notre droit d'entrée dans le site (entre 50 et 60 euros par adulte quand même !) aille à l'éducation de ces enfants bédouins. Quel avenir pour tous ces jeunes ?
Et le tourisme - et en Jordanie nous découvrons le tourisme de masse, les centaines de bus qui arpentent le pays - a des effets pervers. Chacun croit qu'il peut faire fortune grâce à nos euros et dollars. Nous avons souvent l'impression de n'être que des portefeuilles et que les "Welcome" s'adressent à notre compte en banque. Cercle vicieux, il semble plus facile de gagner de l'argent en vendant des colliers en plastique que d'aller apprendre à lire écrire et penser sur les bancs de l'école. Pourtant, seuls quelques Jordaniens vivent du tourisme. Et quand on voit que le Mariott a un restaurant au milieu du site de Petra, sans savoir vraiment qui possède le Mariott, on doute que ce soit des Jordaniens et on se dit qu'on marche vraiment sur la tête.
Alors certes, les touristes sont gâtés et protégés. Dans chaque bus voyage un policier de la police touristique. On veut rassurer tout le monde et conserver les poules blanches aux œufs d'or. Certes, le roi est adoré, il a réussi à calmer son peuple lors des derniers évènements chez les voisins, à coups de cadeaux matériels. D'ailleurs à cause du roi, et de sa femme surtout, nous avions l'image d'une Jordanie moderne et libre. Or c'est un pays très musulman. Les femmes sont voilées de pied en cap, et beaucoup en grande tenue de fantôme. Et les Jordaniens avec qui nous discutons sont tous totalement imprégnés de leur culture ancestrale et religieuse. Les muezzins chantent encore plus fort et plus longtemps qu'ailleurs, et pour la première fois, je me suis sentie insultée, simplement parce que j'étais une femme.
Je vous rassure, nous sommes très heureux d'être ici, de pouvoir nous aussi visiter ce pays qui doit continuer à développer son tourisme car il possède des richesses incroyables, mais il faut reconnaître qu'en raison de tous ces paradoxes, si c'est un pays magnifique, où il est très facile de voyager, ce n'est pas celui où nous nous sentons le plus à l'aise.
Après nous être pris pour Lawrence d'Arabie et les aventuriers de l'arche perdue, nous sommes maintenant sur la route des croisés, passons de lieux mythiques en lieux bibliques et nous étonnant chaque jour de découvrir ainsi le monde, dans tous ses aspects car le voyage nous rend sans doute aussi un peu plus lucides.

(tonne de photos en ligne ici)

mardi 8 mai 2012

Anecdotes et oublis d'Arabie


J'ai oublié de vous parler des parfums d'Oman. Quand on est sur la
route de l'encens, on le sait. Effectivement les omanais sont très
parfumés. Mais ils ont une façon de le faire ancestrale et
particulière : les vêtements, tout blanchis, empesés, repassés,
sont suspendus dans des armoires à encens. Chacun a son mélange et
son parfum de prédilection et enfume ainsi sa garde-robe. Surtout les
hommes. A faible dose, ces odeurs d'encens, de myrrhe, de bois de
santal sont délicieuses. Mais parfois, ça m'a presque fait regretter
certaines heures de cours, lorsque 30 gaillards coquets sortent de
cours de sport,  et que j'inhale plus de relents de gels douche à
l'odeur virile délicate et d'Axe pour (mini) hommes que d'oxygène.
Sachez également que les enfants s'adaptent très vite à leur nouvel
environnement. Lorsqu'en entrant en Arabie Saoudite j'ai enfilé mon
abaya, Gaspard a poussé un grand cri d'admiration : "Oh maman tu es
belle comme ça, et tu as aussi acheté le masque ?". Il m'aurait bien
vue en Zorro d'Arabie. Quant à Rachel à qui (scène quotidienne) je
demandais de se coiffer, elle m'a répondu : "ce n'est pas la peine,
ils ne voient jamais les cheveux des filles ici donc personne ne saura
voir que je ne suis pas coiffée !". Le sens pratique de ma fille.
Mais surtout nous avons oublié de vous révéler ce que nous avons
découvert et qui devrait nous valoir la repentance et les excuses de
nos professeurs de mathématiques qui en plus de nous avoir parfois
fait souffrir, nous ont menti : nos "chiffres arabes" ne sont pas
utilisés dans les pays arabes que nous avons traversés et traversons.
Ils utilisent les chiffres indiens. C'est la meilleure non ?

dimanche 6 mai 2012

Transit de Toqués

Notre traversée d'Arabie Saoudite a été aussi rapide que surprenante.
Première surprise : la frontière franchie en un temps record.
Seconde surprise : une arrivée en fanfare à Riyadh, un fast-food nous
a refoulés car ce n'était pas un "family restaurant", comprendre que
c'est un restaurant interdit aux femmes... Et notre voyant, toujours
le même, s'est allumé, évidemment à ce moment, sur une six voies,
en plein soleil. Le moteur s'est arrêté, puis il est reparti.
Troisième surprise : alors que nous arrivions chez une famille
française qui nous hébergeait pour la nuit, notre voyant s'est éteint.
Quatrième surprise : nous avons passé une excellente soirée avec des
français qui vivent pour certains depuis longtemps en Arabie saoudite,
connaissent bien le pays, et l'aiment aussi. Nous avons appris
beaucoup de choses et c'était une consolation pour nous qui détestons
être ainsi obligés de traverser un pays sans pouvoir rien en
connaitre. C'était surtout ce qu'il nous fallait pour nous changer les
idées, un peu tournées vers notre moteur et la nécessité de sortir
du pays avant expiration de notre pauvre Visa. Réussir à passer une
soirée, sans enfants, avec des gens intéressants et des mets
succulents, à Riyadh, au cours d'une traversée expresse du pays,
c'est un concept de toqué comme on les aime !
Cinquième surprise : le second jour de route, notre voyant s'est de
nouveau allumé au bout de 400 km mais comme aucun autre symptôme ne
s'est fait connaitre, nous avons poursuivi notre route jusqu'à
épuisement de notre chauffeur (en Arabie saoudite les femmes n'ont pas
le droit de conduire). Chauffeur qui a dû quand même changer une roue (c'est un détail non ?)
Sixième surprise : le troisième jour les températures ont nettement
baissé, et notre Toqcar a semblé apprécier puisque le maudit voyant
ne s'est plus manifesté. Nous sommes entrés assez tôt en  Jordanie,
accompagnés par les grands sourires des jordaniens.
Septième surprise : le soir nous avons ressorti les couettes.

En conclusion, contrairement à ce que nous avons craint, notre Toqcar
a tenu la distance, et il semble simplement que notre moteur ne
supporte pas les températures au delà des 40 degrés (what a
surprise !). Nous avons quand même eu chaud, parce que je vous
rappelle que notre précédent transit, au Turkmenistan, nous l'avons
effectué en panne, tractés. Une fois de plus il faut dire que c'est
grâce à l'accueil et au support des autres, qu'un épisode de notre
voyage qui aurait pu être pénible s'est avéré intéressant et
restera mémorable. Ce n'est plus une surprise mais nous apprécions
toujours autant.

jeudi 26 avril 2012

L'Arabie, c'est où, dites ?

On m'aura tout fait.

Dans trois jours nous rentrons en Arabie Saoudite et j'adopte l'abbaya.
Dans six jours nous en sortons et je retrouve ma liberté. 
Dans six jours nous serons en Jordanie.

Allez-y riez, profitez-en... (mais notez que j'ai quand même opté pour la version disco, non mais...)


dimanche 22 avril 2012

Oman de l'intérieur

Tout d'abord que je vous rassure : les eaux sont redescendues presque aussi vite qu'elles étaient montées et nous avons pu quitter Sinaw. Suite à cette expérience et face à des prévisions météo inquiétantes, nous avons décidé qu'il était plus raisonnable de quitter Oman et de rejoindre les Emirats. Avec un visa omanais qui court et surtout un visa pour l'Arabie saoudite à la validité limitée, nous ne pouvons nous permettre de rester bloqués trop longtemps entre deux wadis.
Mais nous avons passé des moments incroyables dans ce petit quartier de Sinaw. Vous connaissez maintenant à travers nos récits l'hospitalité omanaise. Nous n'avions toutefois jamais eu l'occasion d'entrer dans les maisons et c'est avec plaisir que nous avons accepté les invitations nombreuses qui nous ont été faites lors de cette journée pluvieuse.
Les femmes sont venues me chercher et je me suis retrouvée dans une ambiance chaleureuse, bruyante et gaie, à boire le thé et manger des dattes. Elles m'ont vite expliqué : "Dans le quartier on est toutes soeurs ou cousines. Comme tu vis dans notre quartier, tu es notre soeur alors tu as le droit d'entrer dans toutes les maisons, de venir dormir chez nous, de venir te laver, laver ton linge, manger, faire ce que tu veux !". Je leur ai dit que j'étais ravie puisque j'ai toujours rêvé d'avoir une soeur. Elles m'ont répondu qu'à Oman tu n'as jamais une soeur, mais 7 ou 8. Soit. Elles m'ont fait visiter le quartier, qui est en gros effectivement le fief d'une famille. Cette famille vit en très bonne entente avec une famille de bédouins qui viennent s'installer là tous les étés pour quelques mois dans la ville et à ses portes.
Nous avons ensuite été invités à déjeuner dans une autre maison (chez des cousins donc !). A peine arrivés devant l'énorme maison (les maisons omanaises sont très très grandes), le maître de maison m'a ouvert la porte et fait signe d'entrer. Je suis entrée avec les enfants. Après avoir salué une première femme que j'ai prise pour la maîtresse de maison puisqu'elle avait un bébé dans les bras, une seconde pour la même raison, elles m'ont dit que Madame allait arriver. Nous avions oublié ce qui allait se confirmer : les familles omanaises ont en général deux employées-maid-nounous, indonésiennes, philippines ou sri-lankaises, toujours musulmanes. La maîtresse de maison est arrivée, puis une soeur (ou nièce) et sa mère. Pensant que les hommes traînaient dehors en bavardant j'ai envoyé Ulysse le chercher, n'osant pas m'installer tant que tout le monde n'était pas là. Il est revenu m'expliquer la situation : Xtophe était entré, par une porte à gauche de la porte d'entrée, dans le salon réservé aux hommes. Il allait rester là avec le maître de maison. Très vite la grand-mère a d'ailleurs chassé Ulysse, lui disant d'aller avec son père, il est désormais trop grand pour rester avec les femmes, Ulysse en a été dépité. Gaspard et Léon jouaient avec les autres enfants de la maison et du quartier parce qu'on ne sait jamais trop qui est qui et les enfants entrent et sortent en permanence. On nous a servi le kawa (un café fort, aromatisé à des épices que nous n'avons pas su identifier), avec les éternelles dattes, et des fruits. Par terre, comme toujours. On s'est dit qu'on avait peut-être mal compris et qu'on nous avait invité juste pour le café.
Mais finalement les femmes m'ont dit d'appeler les enfants, et nous ont indiqué une salle à manger. Nous y avons retrouvé Xtophe, puisque cette salle à manger jouxte le salon des hommes. Coussins le long des murs, et un festin posé sur une nappe sur le sol. La bonne a entrouvert la porte pour nous faire entrer et l'a vite refermée. Nous avons attendu un peu, hésité mais avons compris... que nous allions manger seuls, en famille, dans cette pièce ! Nous nous sommes régalés, riant de cette situation plus que toquée pour nous. A la fin du repas, je suis repartie dans la maison avec Rachel, Léon et Gaspard. Le maître de maison a vite rejoint Xtophe et Ulysse dans le salon des hommes. Lorsque nous sommes repartis, Xtophe est sorti par la porte extérieure. Il n'aura pas vu une femme, ne les aura pas saluées ni remerciées, il n'aura pas mis un pied dans la maison.
Et c'est ainsi dans toutes les maisons. Au cours des nombreuses invitations à boire le thé (et manger des dattes arggg), j'aurai fait le tour des maisons, tout visité, on m'aura présenté les grand-parents (très beaux mais très impressionnants : des parchemins tout secs aux yeux de porcelaine... pas de chirurgie laser ici...), tandis que Xtophe ne sera entré que dans la pièce des hommes située à l'entrée de la maison.
Ces maisons ont des pièces immenses. Elles ont parfois, en face du salon des hommes (très confortable, meublé de canapés qui font le tour de la pièce), une pièce de réception pour les femmes, en général plus sommaire, meublée d'un tapis et d'une télévision. Il y a une chambre pour les garçons, une pour les filles, et ce qui a frappé les enfants c'est qu'il n'y a pas de jeux, pas de jouets, pas de livres. Parfois une wii, mais les enfants vivent tous dehors. La cuisine est séparée de la maison, elle est le royaume des bonnes. Les garde-manger m'ont confirmé l'impression que j'avais : ils n'ont sans doute pas beaucoup changé depuis des siècles. Pas de produits industriels ou très peu. Des sacs, des jarres, des bocaux. Beaucoup de maisons possèdent un jardin avec quelques herbes, palmiers dattiers (évidemment), et animaux : chèvres (plus nombreuses que les dromadaires et qui envahissent les rues), des poules, des oiseaux et lapins.
Nos enfants ont été séduits par cette vie de quartier, qui est en fait une vie de famille. A 12 enfants par famille, ils ne savent même plus vraiment qui est qui et de toute façon tous sont cousins. Les enfants jouent librement dans les rues, pied-nus (et un jour de pluie chez eux est comme un jour de neige chez nous, il faut les voir jouer dans les flaques et dans la rivière miraculeusement surgie dans son lit) enfin certains moins librement que d'autres, les filles sont voilées à partir de 9-10 ans. Et garçons et filles ne se mélangent pas, évidemment, comment le pourraient-ils ? La journée des hommes, quand ils ne travaillent pas, est rythmée par les aller-venues à la mosquée. Souvent les garçons revêtent leur belle tenue et viennent attendre leur père, petit entraînement sans doute. Les femmes prient chez elles, même si elles ont une mosquée où elles doivent aller pour certaines circonstances. Les bonnes s'occupent des enfants, de la maison, de la cuisine, des vieux. Comme aux Emirats, elles travaillent sans relâche. 
Nous n'avons que très peu de photos parce qu'il est impossible d'en prendre. (mais nos autres photos sont en ligne ICI ) Les femmes refusent d'être prises en photo, elles n'en ont sans doute pas le droit. Les seules fillettes qui acceptent sont celles qui ne sont pas encore voilées.
A Oman, nous avons remarqué un grand absent : le livre. La lecture plus généralement. Nous n'avons jamais vu personne lire ne serait-ce qu'un journal. Hormis le Coran ou ses versets, pas un livre dans les maisons. Certes la culture arabe est une culture orale (et nous faisons les frais du téléphone arabe lorsque nous arrivons quelque part) mais on comprend vite aussi que pour maintenir un peuple dans un mode de vie et de pensée ancestral, régi par des règles religieuses très strictes que nul ne songe à remettre en question, mieux vaut le bercer de prières, de confort matériel (réservé aux omanais) et ne pas lui donner trop l'envie de lire. Et c'est un tour de force quand on organise l'immigration (il faut de la main d'oeuvre) qu'on modernise le pays, qu'on construit des infrastructures touristiques et qu'on souhaite le développer économiquement. Mais le modèle émirati a prouvé que c'était possible.

Entre émerveillement face à l'exotisme, à la beauté des paysages, des personnes, à cette hospitalité réelle, et révolte par tous ces aspects d'un monde très dur, régi par des règles immuables et que personne ne songe à remettre en question, des règles totalement iniques, Oman ne nous aura pas laissés indifférents.

Mais plus que jamais, et aujourd'hui particulièrement, nous chérissons notre liberté de français.

(crédit photo Odile, merci !)

jeudi 19 avril 2012

L'Arche des Toqués


Oman est un pays aride. Mais il est formé de vallées entre les
montagnes escarpées, creusées par les wadis, fleuves la plupart du
temps asséchés. Les lits des rivières servent donc de route, et
toutes les routes traversent ces lits. Il parait effectivement inutile
de construire une multitude de ponts alors qu'il n'y a quasiment
jamais d'eau.
On a bien ri depuis notre entrée à Oman, lisant sur les panneaux en
bord des routes de désert : "if water is at red, stop". Effectivement
les lits de rivières sont notés par des poteaux blancs et rouges qui
servent de repère. Difficile d'imaginer qu'il puisse y avoir de l'eau
à ces endroits-là...
Nous ne rions plus aujourd'hui.
Il y a quelques jours nous avons quitté le royaume des tortues pour
visiter l'intérieur du pays. Fiers de nous, nous avons battu des
records de vitesse pour expédier l'intendance à Sur, et manger dans
notre restau préféré. Il faut dire qu'après nous être levés trois
matins d'affilée à 4h pour traquer nos amies pondeuses, nous avons du
mal à reprendre un rythme normal et sommes sur le pont avec le soleil.
Nous nous sommes arrêtés admirer le chantier des dhows, ces bateaux
traditionnels en bois et on a bien cru que Xtophe allait rester là.
Finalement il a accepté de repartir avec nous mais l'a sans doute
regretté. A peine avions-nous redémarré que notre fichu "@€/*£¥$
de voyant s'allumait sur le tableau de bord. Moral au fond des tongs
dans le cockpit. Mais aucun symptôme évident alors on a poursuivi
notre route. Avec des enfants archi pénibles à l'arrière, incapables
de se taire, ce qui arrange toujours la situation. Puis pour couronner
le tout, dans un virage, en montée, paf, un pneu qui nous lâche. Et
comme si c'était un pneu ce serait trop simple, c'est la jante qui
s'est cassée. Évidemment comme il était midi à peine passée, il
faisait très très chaud, et pour ajouter à l'ambiance délicieuse de
ce bon moment, la roue de secours restait bloquée sous le Toqcar.
Plusieurs omanais se sont arrêtés pour nous proposer leur aide, nous
donnant de l'eau fraiche et risquant de tâcher leurs belles robes
blanches. Ils étaient surtout choqués de me voir dehors en plein
soleil mettre la main (enfin... Tout est relatif) à la pâte.
Heureusement MacGyver en a vu d'autres et de bien pires. Et quand nous
avons redémarré, parce qu'il y a quand même une justice, le fameux
voyant s'était éteint. Et les enfants s'étaient calmés.
Nous avons repris notre route vers le wadi Bani Khalid, parce que les
rivières asséchées ou basses forment de sublimes lieus de promenade
et de baignade.
Considérant que nous avions eu notre part quotidienne d'ennuis, nous
nous sommes engagés sur la route de montagne même si nous n'avions
plus de roue de secours. La route est belle mais les omanais font les
routes de montagne comme les mongols : tout droit dans la pente. (un
inspecteur de l'éducation nationale omanaise nous a dit que nos routes
de montagnes françaises étaient romantiques) et moi, depuis peu, je
ne supporte plus les routes de montagne, donc autant vous dire que je
n'ai pas profité du paysage. Sans parler des passages qu'on n'est
jamais certains de pouvoir remonter, je vous épargne le fait qu'on les
a donc descendus... Heureusement que j'ai totalement confiance en mon
chauffeur.
Arrivés dans un lieu qui nous a prouvé que nous nous étions trompés
de route, et déjà assez envahi par l'eau du wadi, nous avons eu peur
des nuages qui s'accumulaient sur les sommets et avons décidé d'aller
bivouaquer en hauteur. La vue était superbe. Nous avons profité du
calme de ce lieu et de mon calme (tout est relatif là aussi) retrouvé
pour faire un grand ménage par le vide dans le Toqcar. Objectif :
perdre du poids pour ménager nos jantes, nos freins et mes nerfs.
L'orage a été impressionnant et la pluie est tombée toute la nuit.
Le matin, nous nous sommes retrouvés face à une première route
coupée par l'eau. Des gens du coin nous ont montré un autre chemin.
Mais l'accès au fameux wadi était également bloqué. Parce qu'en
plus de l'eau, comme les crues sont très violentes, les routes sont
envahies de pierres. Les habitants des villages des wadis ont
l'habitude et garent leurs voitures de l'autre côté de la rivière
lorsqu'il va pleuvoir. Ils traversent à pied et ne sont donc pas
coincés. Le ciel était toujours menaçant, la météo des jours à
venir peu encourageante, nous avons rebroussé chemin et repris cette
route de montagne dans laquelle j'ai encore failli mourir.
Nous nous sommes réfugiés deux jours à Ibra, faisant réparer notre
roue et goûtant à la douceur de cette ville paisible. Les locaux nous
on confirmé qu'il ne fallait pas aller dans les
Wadis durant quelques jours. Bernard nous a confirmé que c'était
très dangereux et qu'il fallait surtout toujours écouter les locaux.
Nous avons visité le souk des femmes dont je vous reparlerai et sommes
repartis pour Sinaw où se tient un très beau souk le jeudi avant de
partir pour Nizwa et son marché aux animaux du vendredi.
Mais... Mais un énorme orage a éclaté mercredi soir et il a plu toute
la nuit et encore ce matin. Et nos voisins nous ont dit que la route
de Nizwa est coupée par l'eau et que cette nuit 6 voitures ont été
emportées... La rivière monte à une vitesse folle, c'est très
impressionnant, les wadis sont pleins (mais nous sommes en sécurité
maman et jolie maman) La météo nous annonce des orages tous les jours
donc nous sommes bloqués.
Comme dit Xtophe, après tout c'est quand même mieux que Qatbit. Et
nous sommes nourris par les voisins et invités et adoptés comme
toujours.
Rachel a déjà des copines évidemment.
Nous élaborons déjà des plans de secours, vous savez comme nous
aimons ça. Sauf que face à la nature et à la montée des eaux, nous
sommes totalement impuissants et ne pouvons que patienter (nous
commençons à savoir faire) et goûter la fraicheur retrouvée avec
nos voisins qui trouvent très exotique ce temps européen, car il ne
pleut jamais en avril et il n'a pas plu ainsi depuis 10 ans. Comme ils
disent : aujourd'hui c'est jeudi, il pleut et vous êtes là, c'est un
jour de fête ! Que la fête  ne continue pas trop quand même...

vendredi 13 avril 2012

Merveilles d'Oman et histoires d'oeufs



Première merveille et pas des moindres  : les cloches sont passées à
Mascate ! Nous avons été invités chez Juliette pour une chasse aux
œufs avec les enfants du catéchisme. La veille, nous l'avions juste
contactée pour connaitre l'horaire de la messe en français et elle
est venue nous inviter, nous proposer diner, douches et lessives mais
surtout une chasse aux œufs inespérée. Quand il fait 40 et qu'on n'a
pas de frigo, difficile de jouer les cloches même quand on est expert
en la matière. Mais nous avons eu à Oman une révélation qui
pourrait bien être utile pour les Pâques du Pays-Basque : les cloches
déposent dans les jardins des œufs... en plastique ! Il suffit
ensuite de les échanger contre des œufs en chocolat. Voilà donc un
stratagème de pays chaud que nous pouvons adopter dans nos contrées
pluvieuses (amis écolos je vous entends d'ici : des œufs en bois
feront également l'affaire). Nous avons passé un très bon moment
avec plusieurs familles françaises que nous avons ensuite retrouvées
le soir pour la messe à laquelle les enfants ont participé
activement. Entre temps les cloches sont passées pour les grands
puisque comme convenu, l'agent à qui nous avions confié nos
passeports, est venu nous les rapporter, sur notre parking, enrichis
de beaux visas de transit pour l'Arabie saoudite.
Dimanche soir nous avons été invités pour un délicieux dîner
pascal dans une autre chouette famille de Mascate. Mmmmmmhhhh l'agneau
comme à la maison (et même, et certaines comprendront ma joie toute
pascale : des Hooegarden !). Notre week-end Pascal aura été très
chaleureux grâce à l'accueil de tous ces omanais d'adoption.
Mais nous avons tout de même quitté la capitale, non sans avoir
visité son immense mosquée et son vieux quartier, pour nous diriger
plus au Sud. Entre deux criques nous avons rencontré une famille de 5
anciens (et futurs ?) grands voyageurs en vacances à Oman, avec qui
nous faisons bivouac commun depuis quelques jours. Difficile de vous
raconter toutes les merveilles ou découvertes que nous faisons chaque
jour. Mais impossible de ne pas vous raconter le Wadi Shab. Entre deux
pics montagneux, on marche une bonne heure, tantôt sur les rochers,
dans l'eau, au dessus d'eaux vertes et limpides, sous les palmiers, on
escalade, on grimpe... La montée en elle même est une aventure.
Gaspard ne cessait de dire : "Mais c'est un rêve là, un vrai rêve !"
ou de s'interroger : "Peut-être qu'on va arriver au pays des
merveilles ?" A vrai dire nous ne savions pas non plus vraiment à quoi
nous attendre. Au bout de cette montée on parvient à des bassins
naturels transparents. Les enfants s'en sont donné à cœur joie, les
parents aussi. Mais les plus courageux, ceux qui nagent jusqu'au bout,
et qui osent passer dans une faille minuscule, qui oblige les plus
grosses têtes (suivez mon regard) à passer sous l'eau, sont
récompensés quand ils parviennent dans une grotte à la lumiere un
peu inquiétante, qui abrite une cascade et sans doute des monstres
mystérieux. Nous avons un peu rêvé dans la grotte où nage la
sirène jusqu'à ce que Léon, effrayé par toute cette histoire, ne
nous oblige à revenir au grand jour.
Un autre jour nous avons aussi expérimenté la version naturelle de
ces soins des pieds que certains centres de thalasso proposent : dans
un bassin digne de "voyage au centre de la terre", de petits poissons
se sont régalés en nous grignotant les pieds.
Et enfin nous sommes arrivés à Ras al Hadd, lieu de ponte des
tortues. Xtophe avec son flair infaillible pour les bons bivouacs nous
a dégotté un petit coin de paradis entre deux plages de pêcheurs, à
la limite entre la zone non protégée et la zone de protection des
tortues. Nous avons à notre disposition 2 abris de pêcheurs
(rapidement les 7 enfants en ont annexé un, organisant des élections
présidentielles pour commencer puis, face aux fraudes électorales et
aux alliances suspectes, ont décidé que finalement ils prendraient
chacun un ministère et gouverneraient de concert, l'éducation civique
en action, rien de tel !), et surtout deux plages que nous ne
partageons qu'avec des pêcheurs et sur lesquelles viennent pondre des
milliers de tortues. Avant de nous rendre au centre qui organise les
visites sur les plages à l'aube ou le soir, nous avons décidé
d'attendre et de tenter notre chance tout seuls. Encore un luxe que
nous pouvons nous offrir puisque notre temps n'est pas compté.
Hier soir, les enfants couchés, nous décidons avec Delphine d'aller
faire un tour sur la plage, au cas où, sans trop y croire. Nous
papotons, rigolons, il fait noir et les lumières sont interdites pour
ne pas effrayer les tortues. A peine arrivées sur le sable à quelques
dizaines de mètres de notre campement, Delphine me montre un rocher et
prise d'un doute me demande quelle taille peut bien faire une tortue.
Je rigole, lui dis que je ne sais pas mais que j'ai un peu peur, et
que ce n'est qu'un rocher. Nous gloussons... Jusqu'à ce que le rocher
souffle, ne se mette à bouger, et que Xtophe qui nous rejoignait nous
confirme, désolé par notre nouillitude que c'était bien un tortue.
Elle était entrain de finir de reboucher le trou où elle avait pondu.
Moment incroyable. Nous avons couru tirer nos enfants de leur nid, ils
ont eu le temps d'apercevoir le mastodonte repartir dans l'eau. Nous
avons parcouru rapidement la plage, en vain, mais vu les traces sur le
sable, nous savions que ce n'était pas un fait isolé.
Ce matin, plein d'espoir, nous avons remis le réveil à 4h30. Les
copains étaient partis au centre de Ras Al Jinz. Les 3 grands et moi-
même sommes repartis sur la plage, dans le noir. Partout sur le sable
ces traces impressionnantes que laissent les animaux dans leur sillage
(de longues et larges trainées et des cratères) avaient transformé
la plage en un vrai champ de mines ! Et soudain, elle était là. Une
très belle tortue verte. Nous n'osions plus respirer, instinctivement
tous accroupis nous avons compris qu'elle repartait vers l'eau. Mais
cette tortue était un peu déboussolée et a pris un chemin très
détourné pour retrouver la mer. (Depuis nous avons appris que c'est
à cause des lumières de la ville sans doute) Du coup nous avons pu la
suivre longuement de loin. Puis le jour se levant, nous avons pu la
découvrir vraiment, petit à petit et nous sommes approchés au moment
où elle allait disparaitre dans la mer. Gaspard était très ému
(même s'il est un peu choqué que les mères viennent ainsi abandonner
leurs oeufs) et a eu beaucoup de mal à se retenir de la caresser.
(Xtophe a pu nous rejoindre avec l'appareil photo et immortaliser
l'instant)
Quelle magie : la plage pour nous seuls, en pyjama, le silence, le
jour qui se levait et cet animal incroyable, épuisée après être
venue sur les lieux de sa naissance pondre ses 5-6 kilos d'oeufs, les
enfouir, creuser ensuite de faux nids pour tromper les prédateurs, et
traîner ses 150 kgs jusqu'à la mer - C'est pas un mâle qui ferait
ça ! -...
Nous sommes fatigués, les écoliers ne sont pas très efficaces, mais
nous sommes enchantés. Du coup nous restons un ou deux jours de plus
dans ce petit Eden, bien décidés à boire notre Tang sur la plage à
la nuit tombée pour attendre de revoir nos majestueuses voisines des
mers et tenter d'apercevoir la courses folle de leur progéniture qui
couve sous nos pieds.